Le lac Tchad, cette mer intérieure qui rétrécit comme peau de chagrin

AFRIQUE | L’assèchement du lac Tchad le raye progressivement de la carte. Face à cette situation alarmante, les pays limitrophes ont lancé un plan de sauvetage.

Pêcheurs sur le lac Tchad

© Henri Della Casa | Pêcheurs sur le lac Tchad. Cette «mer intérieure», qui s’est réduite de 25 000 km2 à seulement 5000, reste très poissonneuse et attire des hommes d’Afrique de l’Ouest notamment.
HENRI DELLA CASA, DE RETOUR DU LAC TCHAD | 19.11.2008 | 00:00

Voilà quarante ans, le lac Tchad couvrait 25 000 kilomètres carrés. En 1968, les astronautes à bord de la navette Apollo 7 voyaient même cette «mer intérieure», comme aiment l’appeler les Tchadiens, depuis leur capsule. Aujourd’hui, sa surface s’est réduite à 5000 kilomètres carrés. Les effets de cet assèchement sont directs pour les populations vivant sur les côtes. A Guité, village portuaire à 120 kilomètres de la capitale tchadienne N’Djamena, l’activité agropastorale et la pêche deviennent de plus en plus difficiles. Faouzi Mohamat, l’un de ses cent habitants, nous livre son inquiétude en pointant du doigt une pirogue revenant d’une matinée de travail: «Avant, nous ramenions dix cargaisons, aujourd’hui, il y en a seulement trois. Ça diminue trop!»

Ces cargaisons sont constituées de capitaines, plus communément appelés perches du Nil. Car le lac, malgré tout, demeure très poissonneux. Le problème est que de plus en plus de pêcheurs viennent y poser leurs filets. En remontant le fleuve Chari jusqu’à sa jonction avec le lac, on rencontre ainsi d’autres marins, pour la plupart double nationaux. Du Mali ou du Burkina Faso notamment. Certains sont lourdement armés, venus majoritairement du Nigeria. Ce pays ainsi que le Tchad, le Niger, le Cameroun, la République centrafricaine et la Libye, tous membres de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT), espèrent désormais sauver leur première ressource naturelle grâce à un projet sur la table depuis quinze ans, et dont l’étude de faisabilité est enfin en cours.

Risques de conflit
Au-delà de ses conséquences sur l’agriculture et l’élevage, le tarissement des eaux du lac Tchad entraîne en même temps une menace pour la stabilité régionale. «Chaque année, le Tchad perd du terrain, alors que le Cameroun en gagne, indique Mahamat Ali Hassan, coordonnateur de la cellule économique du Ministère de l’économie tchadien. Cela pourrait basculer en guerre.» Ce danger, Alex Blériot Momha, directeur de l’information de la CBLT, le reconnaît. «Il est vrai que les peuples bougent là où il y a des ressources, et cela crée des problèmes. Mais le but premier de notre commission est justement d’assurer la paix entre les Etats membres.» Avec l’évaporation des eaux ont aussi émergé de nombreuses îles. Des terres aquifères propices à la culture de canne à sucre. Les populations tchadiennes ne cachent pas leur colère de voir des nomades ­nigérians coloniser ces îles, pourtant localisées sur leur ­territoire.

Comment en est-on arrivé là? La diminution de la pluviosité dans cette partie de l’Afrique, aggravée par de fortes sécheresses dans les années 70 et 80, est considérée par les experts comme la principale cause de cet assèchement. Les saisons des pluies, de septembre à octobre, ne parviennent pas à contrebalancer le manque de précipitations. A cela s’ajoutent, comme nous l’explique le ministre de l’Agriculture, au gouvernement depuis quarante ans, «le désert qui avance et le sable qui gagne du terrain». En plus de colmater les fonds lacustres, le sable détruit des cultures. Prenant l’exemple de la ville de Bol, située aujourd’hui à 30 kilomètres du lac alors qu’elle le bordait il y a trente ans, Mbaïlaou Naïmbaye Lossimian s’alarme des conséquences du manque d’eau pour le bétail et la végétation: «La pénurie d’eau au niveau des nappes phréatiques empêche les plantations d’être alimentées.»

173e sur 177
Le facteur humain n’en est pas moins responsable. Comme le lac rétrécit toujours plus, les morceaux de rivage récupérés sont aussitôt transformés en cultures maraîchères.  Néanmoins, dans le village touristique de Douguia, à 100 kilomètres de N’Djamena, les habitants apparaissent plus sereins. «Ici, nous chassons les canards ou le gibier», raconte le garde forestier d’un hôtel. Tous en danger de disparition à cause de l’assèchement du lac Tchad, les hippopotames, les canards ou les sitatunga (antilopes) parviennent encore à attirer touristes et chasseurs. Une source de revenu indispensable pour un Etat se classant 173e sur 177 sur l’échelle d’indice de développement humain, en 2007.

Source Tribune de Genève

Tchad  Agir Pour l’Environnement (TCHAPE)  
19 novembre 08

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